Trop, c’est trop - Sherry Herrera

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Trop, c’est trop

Trop, c’est trop - Sherry Herrera

Il m’arrive de temps en temps, de passer des moments idiots. Pas genre à boire pendant toute la nuit, et dire des bêtises infamantes. Non, je dirais plutôt que ces moments me sont nécessaires, en ce qui concerne. Ce que j’appelle de ces moments plutôt ridicules, c’est le genre de moment, où par exemple, quelqu’un ramène un album photos pour regarder des milliers de photos complètement désobligeantes. Certains et certaines, en ont toute une collection. C’est toujours sur un cellulaire qu’on vous présente aujourd’hui les derniers amis à la mode. La plupart du temps, se sont des selfies. C’est ainsi qu’une de mes collègues me présentait son fiancé. Elle le trouvait magnifiquement beau. Je ne sais pourquoi, mon regard restait fixé au-dessus du col du t-shirt de son chum. Il y avait comme une sorte de toison noire, qui en ressortait à rebrousse-poil, et qui pour moi, gâchait toute la photo. Elle continuait à me le montrer avec un sourire béant, alors que moi, j’avais l’impression de regarder comme ces sortes de photos d’avant que certains énergumènes adoraient garder, et où il y était représenté les monstres des foires foraines d’antan, comme un homme-éléphant, ou bien la femme à barbe.

La cinquième fois qu’elle revenait vers moi pour me montrer son chum, je lui demandais avec un air à ne pas y toucher, air qu’il m’arrive très peu de fois de savoir faire aussi bien, si son chum n’avait pas besoin d’une bonne epilation. Elle me parut interloquée pendant quelques secondes, puis, sortait de sa bouche une sorte de diarrhée verbale, ou de multiples explications, qui me paraissaient toutes, aussi saugrenues les unes que les autres, pour m’expliquer avec insistance le bienfait d’avoir un homme aussi poilu auprès d’elle. Elle parlait tellement vite, que je n’attrapais que quelques mots comme, nounours, peluche, caresses, chaleur. Je n’aurais pas réussi à mieux parler de mon chien. Ayant compris que cela me dérangeait plus qu’autre chose d’avoir à avoir son chum sous le nez toutes les demi-heures, elle retournait derrière son bureau avec un air pincé du style personne mouchée pas du tout prête à pardonner. J’avais au moins gagné de la tranquillité pour quelques jours. En rentrant chez moi, ma petite boule de poils venait me dire bonjour comme à son habitude. Après le souper, je me mettais un film avec Kojak. J’avais besoin de voir quelqu’un avec une tête d’oignon ronde, lisse et lustrée pour me remettre.